Parcours
Whadi Halfa, Abri, Dongola, Karima, Atbara, Khartoum
Ce que j'en retiens.
Les plus :
1/ Vision surnaturelle sur le boat people qui m'a emmenée d'Egypte au Soudan. Le matin, défilé des hommes soudanais avec leurs brosses à dents et leur dentifrice !
2/ Femmes drapées dans des tissus de couleur (enfin !), souriante et gaies contrairement aux Egyptiennes, beaucoup plus « muselées ». Si d'aventure elles souriaient, on ne pouvait de toutes façons pas le voir avec le voile ! !
3/ le Soudan est un désert ! Ce pays extrêmement pauvre n'est pas équipé en infrastructures routières notamment...
4/ Ici les hommes travaillent !
5/ Emotion avec les pyramides de Djebel Barka, découvertes en plein désert
6/ Extrême gentillesse de la population qui donne tout ce qu'elle peut si on se donne la peine d'essayer de communiquer avec eux. Ils ont reçu mon affection comme un cadeau et je n'ai jamais pris le risque de leur offrir quoi que ce soit d'autre sous peine de les offenser. Ils ont vraiment tout fait pour m'aider. C'était extraordinaire...
7/ La signature d'un accord de paix au moment où j'allais quitter le pays...
Les moins :
1/ lourdeur et complications de l'Administration (toujours elle !) et incertitude concernant la conduite à adopter. Ce qui est valable un jour ne l'est plus forcément le lendemain !
2/ Deux tempêtes de sable. C'est quelque chose !
3/ Des ulcères tropicaux sur mes jambes. Vive les antibiotiques !
YEMEN
Mon parcours
Sanaa, Shibam, Thila, Matnah, Al Hudaydah (Mer rouge), Zabid, Hays, Al Khawkhah, Tai'zz, Aden, Al Mukalla (mer rouge), Bajil, Manakhah, Montagne du Djebel Burra, Plaine de l'Atihama, Sanaa.
La monnaie : le riale. 1 euro = 343 riales
Le pays est sous haute surveillance policière. La partie Nord est interdite aux touristes, certaines zones sont assujetties à une autorisation de voyager délivrée ou non par le Ministère de la Police. On subit des contrôles policiers tous les trente kilomètres. J'ai souvent dû mettre mon vélo dans d'autres véhicules, soit à cause de la montagne, soit pour ma propre sécurité. Ce fut un pays difficile et qui m'a demandé beaucoup d'énergie et d'organisation pour voir et découvrir tout ce qui m'intéressait. C'était le prix à payer, mais ça valait le coup !
Vêtements
Les femmes sont entièrement vêtues de noir. La robe s'appelle le « paleteau », le foulard « hidjab », le cache-visage « charclaf » et elles portent également des gants noirs. On dirait de vrais fantômes ! Dans les montagnes, elles sont vêtues de robes traditionnelles, brodées et portées sur un sarouel lui-même brodé aux chevilles. Sur la tête, elles ont un superbe turban d'une étoffe toujours brodée. Les hommes portent des jupes-portefeuilles appelées les « foutas » ou des robes blanches, les « zenas ». Par-dessus ils ajustent une large ceinture brodée dans laquelle ils fixent le Jimbiya, un grand poignard recourbé dans un joli fourreau. Il n'est pas rare non plus qu'ils portent à l'épaule une... Kalachnikov ! ! !
La coutume du Qat
Dès midi, une sorte de fièvre s'empare de la population. Il est l'heure d'acheter son bouquet de feuilles. Une fois le qat en poche, les hommes se regroupent, s'assoient par terre et mâchonnent les feuilles une à une jusqu'à avoir une énorme boule qui leur déforme la bouche façon « hamster ». Il ne faut avaler que la salive, pendant cinq à six heures. Pendant ce temps-là, personne ne travaille ! ! ! ! ! ! Il paraît que c'est un stimulant. Lorsque l'heure de la prière du soir approche, il suffit de cracher la boule et de se rincer la bouche.
La maison
Elle consiste en une pièce principale appelée le « mafrage ». On y parle, on y vit, on y mange. Il n'y a ni chaises ni table, on vit par terre. Les mafrages disposent de coussins plats et de coussins qui servent de dossiers. Le sol est couvert de tapis, eux mêmes recouvert de plastique. On y mange en cercle, assis par terre, avec la main droite qu'on a préalablement lavée. Il n'y a ni fourchette, ni couteau, ni cuillère !
Certaines coutumes
Quand j'ai été invitée, on m'offrait tout de suite le thé, puis si l'encens brûlait dans la maison, on me l'apportait pour que je soulève mes vêtements, histoire de laisser l'odeur les imprégner. Sans encens, il est arrivé qu'on m'asperge de parfum le cou, le buste et les mains. Souvent, lorsque j'ai été invitée, j'ai mangé avec les hommes et les femmes mangeaient dans une autre pièce.
Coquetterie
Quand j'ai pu rencontrer des femmes à l'intérieur de chez elles, elles étaient dévoilées et vêtues de robes en tissu fin et coloré, souvent presque transparent, et le visage très maquillé. Elles ont leur espace entre copines et c'est « chasse gardée ». Pendant que les hommes quatent, elles en profitent pour refaire le monde. Il arrive qu'elles s'enduisent de curcuma, ce qui les rend toutes jaunes ! ! ! ! !
Leur vie
Depuis une quinzaine d'années, les femmes subissent une énorme régression, sous influence saoudienne. Les naissances ont lieu à la maison. Les familles ont entre 10 et 15 enfants, mais ils en perdent en moyenne 3 ou 4 ! Il n'y a pas d'état civil, la scolarité est au bon vouloir de chacun. Dans les montagnes, les femmes ne savent ni lire ni écrire. Elles n'ont ni eau, ni électricité bien sûr et parfois même pas de toilettes. Elles vont dans les montagnes chargées de gerricans pour aller chercher l'eau dans les « barricas », des sortes de réservoirs ancestraux creusés dans la roche.
Dans les villes, les filles vont à l'école, mais sont souvent stoppées au niveau de l'université. Sans frère, père ou cousin dans la ville où elles souhaiteraient étudier, impossible de s'inscrire. J'ai rencontré des femmes professeurs de géographie et d'histoire qui ont dû renoncer à l'enseignement pour rester à la maison. Il arrive quelquefois que certaines travaillent. Les enfants aussi travaillent. Ils sont très souvent nus pieds et fagottés dans des vêtements d'adulte dix fois trop grands pour eux ! On dirait des petits vieux ! la population est très petite. Beaucoup d'hommes sont plus petit que moi, c'est dire !
Le mariage
Il existe énormément de mariages arrangés. Les hommes doivent payer pour avoir une femme. Ils peuvent se marier quatre fois et c'est un peu un fonctionnement de « caste ». J'ai rencontré une famille en montagne où j'ai dormi avec les puces. Il y avait huit garçons et deux filles, dont une mariée. La jeune Zouour, 13 ans, était déjà promise et vendue 300 000 riales. Ils l'ont vendue pour payer la femme de son frère aîné qui doit absolument être marié avant ses trente ans... Elle devra continuer à vivre dans une immense pauvreté et en plus faire obligatoirement son premier enfant dans l'année qui suivra son mariage... Ils m'ont raconté ça un soir, sans que je puisse détacher mes yeux de son regard d'enfant résignée... C'était dur, la colère m'est montée au ventre, sans évidemment que je puisse dire ou faire quoi que ce soit.
Colère
J'ai rencontré dans un village de huttes africaines des familles et un bébé dans les bras de sa maman, les yeux brillants de fièvre. Il avait la malaria et ne verra jamais un médecin. Il est condamné à mourir ou à vivre avec cette maladie toute sa vie.
Voilà, j'ai vu et partagé tout ça, j'ai été accueillie très chaleureusement, mais j'en ressors épuisée, physiquement et nerveusement. Il va me falloir un peu de repos pour « digérer » le Yémen.
